Son regard bleu-vert fascine. Sa gueule d'ange un peu androgyne plaît aux filles comme aux garçons. Et ses chansons sont en train de devenir les hymnes de la génération bobo, un peu désillusionnée par la vie, mais qui veut croire en l'amour. A bientôt 30 ans, Raphael (sans tréma, à ne pas confondre avec celui de Carla Bruni, donc) est l'artiste en vogue, le timide romantique, un poil arrogant, un poil décalé. Voilà 3 semaines, alors que personne n'aurait parié sur une telle réussite, « Caravane » son troisième disque s'est installé à la tête du hit parade en France. Et semble parti pour y rester un bout de temps. Ses deux albums précédents avaient rencontré un bel écho sans pour autant atteindre des sommets. Mais cette fois, l'heure de Raphael a enfin sonné. « Je n'ai rien vu venir, se défend l'intéressé, je pense seulement avoir compris depuis deux semaines que la musique était devenue mon métier!»
Tout commence pour lui à l'âge de 8 ans. "J'étais aussi fan des mecs qui chantaient dans le métro que de David Bowie. Ils étaient, à mes yeux, sur le même pied.» Saisi d'une passion dévorante pour la musique, il se met à la guitare, compose ses premières bluettes et travaille comme un fou. Adolescent tranquille, parisien, bon élève, le jeune Haroche est plutôt du genre beau gosse brillant que punk nihiliste. « Je chantais tout le temps en classe, sans m'en rendre compte. Mes amis me disaient « Tu devrais faire chanteur, plus tard...Je les ai écoutés» Bac en poche, il intègre la prestigieuse hypokhâgne du lycée Henri-IV. Mais n'y reste qu'une journée. «Honnêtement, ma préoccupation majeure, à ce moment là, était de draguer les filles », précise-t-il en souriant. Ses parents ne trouveront rien à redire et encouragent l'adolescent à trouver sa voie.
Entre temps, Raphael a fait une rencontre déterminante pour sa carrière. Un soir de fête, il tombe sur Caroline, qui deviendra sa première fan, sa confidente, sa manageuse et la coréalisatrice de ses disques. Celle qui dans les moments de doute «sait me pousser, m'encourager, et sur qui je peux me reposer». Caroline est également la fille de Gérard Manset, véritable héros des amoureux de la musique. Résultat, à la sortie de son premier disque, on voit en lui l'enfant prodige de l'artiste maudit des années 70, l'homme qui l'aurait aidé à trouver une maison de disques. Un pistonné....et alors ? Quand « Hôtel de l'Univers » paraît en 2000, Raphael n'est hélas qu'un fan de rock mal dégrossi, entre Noir Désir et Placebo. Petit succès d'estime. Il semblait que la messe était dite.
Trois ans plus tard, décomplexé et ambitieux, le même Raphael effectue un virage à 180 degrés et s'offre un deuxième disque lumineux. « La Réalité » contient notamment le duo « Sur la route » avec Jean –Louis Aubert qui lui ouvre les portes des radios et du public.
Pourtant rien n'y fait, le chanteur s'attire de nombreux ennemis, les uns raillant son arrogance, les autres son coté « nunuche ». « L'arrogance est, comme le mépris, un état d'esprit que je déteste. Je ne me vois pas du tout comme ça. Que ma timidité passe pour de l'arrogance, je peux le comprendre. Mais je ne suis ni méchant, ni cynique, ni calculateur.» Au moment où la « scène française » explose, la critique ne l'inclut pas dans la liste des sempiternels nouveaux espoirs. Carla Bruni, Bénabar et Vincent Delerm raflent la palme des gens les plus communément cités. Un mal pour un bien.
Pendant que l'on se déchire sur la qualité des textes de Jeanne Cherhal ou sur le niveau des mélodies de Keren Ann, Raphael avance dans l'ombre. Les salles sont de plus en plus pleines, les jeunes filles se pâment devant sa beauté d'éphèbe. Il se construit peu à peu un personnage éthéré, insaisissable, loin des pulls à col roulé à la Delerm et des soirées arrosées de Bénabar. « Même si j'aime beaucoup les soirées spaghettis boulettes avec Bénabar !»
Ainsi quand « Caravane » paraît en mars dernier, son auteur apparaît presque comme un artiste neuf. D'où la claque générale à l'écoute du disque. « Cette fois, reconnaît il, j'ai voulu faire un album sur le sentiment amoureux. J'avais aussi envie d'évoquer la violence de l'amour, comme son coté fragile». Librement inspiré des derniers titres de Miossec, Thomas Fersen et Daniel Darc :«J'aime bien les mecs un peu dégénérés ", dit il. « Caravane » est un disque qui s'appréhende doucement, qu'il faut écouter plusieurs fois avant de le comprendre. Raphael s'est refusé aux mélodies classiques, aux structures trop évidentes. Une manière de dérouter pour mieux séduire. D'où, également, l'étonnement général quand il s'est accroché en haut du Top..... «Ce succès est largement accidentel, espère-t-il, il me facilite la vie. Il annonce aussi une très belle tournée...»
Aujourd'hui, Raphael semble plus confiant et plus serein que jamais. Avec l'actrice Mélanie Thierry , à ses cotés dans son dernier clip, il voit la vie en rose. « Je suis quelqu'un d'assez euphorique, du genre à avoir une idée ou un projet par jour. Il faut que l'on me cadre pour que je ne me lance pas dans des tucs un peu fous...» Demain, il sait que son statut va changer, que sa maison de disque va le soigner comme il faut... « Mon seul désir, admet il, c'est d'écrire des petites chansons dont on se souviendra plus tard. Comme « Mistral gagnant » de Renaud, ou comme un classique de Cabrel "Il ne tient qu'à lui d'y parvenir